Pour l’ensemble des aspirants footballeurs ayant eu la chance d’intégrer un centre de formation de club professionnel, le renvoi de ces structures constitue une rupture importante dans leurs vies.

Une fois le verdict tombé, le désormais ex apprenti footballeur doit regagner le domicile familial et réintégrer un cursus de formation loin des pelouses des grands stades. Que ce soit pour des raisons structurelles, de niveau ou encore suite à une blessure, ce changement dans la trajectoire de vie constitue une rupture importante : tous les projets sont réduits à néant et il faut rebondir rapidement pour espérer raccrocher le fil des autres adolescents du même âge. Les modifications ne sont d’ailleurs pas seulement du côté de l’orientation scolaire. Rapports avec les camarades de classe, avec les parents, investissement dans le football, prestige social et estime de soi sont bouleversés par le renvoi du centre.
Ceux qui ne feront pas carrière dans le football doivent s’orienter vers un nouveau projet professionnel ou, du moins, un cursus de formation qui leur convient. Le changement d’orientation n’est pas chose aisée tant les espoirs mis dans la carrière de joueur ont pu être importants. Il faut trouver, parfois rapidement, une autre voie de salut. Pour les jeunes évincés du haut niveau, le fait de briller dans un autre domaine, comme par exemple les études, est une source de satisfaction et même de fierté.
La réussite en dehors du football, et malgré un revers important, est présentée comme une revanche sur le parcours de vie.
Cependant, ces bons résultats ne doivent rien au hasard : encore une fois, les apprentis ont été sélectionnés, au moment de leur recrutement, sur des critères physiques mais aussi psychologiques nécessaires dans les pratiques de haut niveau et très utiles dans les études. Ceux-ci sont seulement réinvestis dans un autre type de projet.

L’attitude quant à un changement de projet de vie est cependant différente selon le profil du joueur. Pour ceux qui étaient entrés en formation plus par opportunité, sans avoir véritablement planifié l’événement, le retour à un cursus scolaire ordinaire est plus aisé. Ce sont d’ailleurs ces apprentis qui, lors des entretiens, évoquent d’autres idées de carrière en cas d’échec dans le sport : avocat, vendeur, cuisinier… Ils ont conservé un autre domaine où se projeter, rendant moins tragique un éventuel renvoi de l’école de football. Pour ceux qui, en revanche, se sentent portés par une destinée dans le football professionnel, la fin du rêve est plus dure à encaisser. Le football reste, pour eux, un objectif à atteindre, au risque de se focaliser sur un espoir vain.

 

 

Pour les jeunes ayant fait un séjour en centre de formation, la passion pour le football demeure malgré la déconvenue due au renvoi de la structure. Forgée depuis l’enfance par de multiples sollicitations, la croyance en une destinée hors norme dans le football n’est pas totalement abolie par la fin du contrat avec le club. Les sportifs gardent en eux l’espoir − parfois même la certitude − d’un retour prochain au haut niveau. Pour nombre d’entre eux, la fin de leur convention tient avant tout à des raisons structurelles ou d’affinités avec les dirigeants. Un niveau trop faible pour intégrer l’élite est rarement évoqué. Le fait d’avoir été exclu d’une structure d’excellence implique une rupture mais pas forcément une bifurcation. Cette dernière implique un changement de ligne de vie, une nouvelle orientation. Le chemin sera certes plus compliqué pour accéder à l’élite mais beaucoup considèrent que rien n’est impossible avec de la volonté. Ils demeurent alors investis dans leur carrière de joueur, bien que celle-ci ait fait un énorme saut en arrière de par le retour en cycle amateur. Dans le but d’être réintégrés dans le football professionnel, les joueurs mettent en place de véritables stratégies de progression dans le milieu amateur et d’exposition pour attirer d’éventuels recruteurs. Ainsi, ils choisissent avant tout des clubs évoluant déjà à un niveau élevé comme en National 1, National 2 ou en National 3. Il faut ensuite conquérir une place de choix dans le groupe A afin d’obtenir un petit peu de médiatisation. Les partenariats avec des effectifs amateurs étant peu rémunérateurs, certains athlètes font le choix d’entraîner les équipes plus jeunes ou encore d’accepter des contrats aux services de la mairie afin de se réserver du temps pour la préparation physique et les matchs.

D’autres, plus aventureux, décident de partir à l’étranger pour une place dans une ligue de moindre niveau. C’est, pour beaucoup, une façon de vivre de sa passion en conservant l’espoir d’une entrée en Ligue 1. Le contrat professionnel est la marque suprême de reconnaissance pour ces sportifs. Pour ceux qui ont orienté, dès l’enfance, leur parcours de vie en fonction de leur passion ou qui se sont forgés la croyance en un don particulier dans la discipline, il est inconcevable de ne pas trouver sa place parmi l’élite. Les sacrifices consentis, par le joueur mais aussi son entourage, doivent trouver écho dans une rétribution de l’univers sportif : c’est le raisonnement qui maintient l’engagement dans la pratique.

*Source: Sport de haut niveau et formation, Anne Sophie Gaborel